Biographie par Jacques Girault

 

 Né le 21 janvier 1931 à Paris (XIIe arr.), mort le 22 juin 2009 à l’hôpital, Paris (Ve arr.) ; professeur d’Université ; militant du SNESUP ; militant communiste ; philosophe et historien des sciences ; membre de l’Académie internationale d’histoire des sciences.

Fils d’un dessinateur industriel, socialiste, syndiqué à la CGT, franc-maçon, et d’une institutrice devenue directrice d’école après la guerre, Gérard Simon subit les persécutions raciales visant la communauté juive pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec sa mère et son frère Michel Simon, il fut arrêté et emprisonné en juillet 1942 lors d’une tentative de passage clandestin de la ligne de démarcation, épisodes qui restèrent durablement dans sa mémoire. Il habita ensuite Limoges avec sa famille, où il effectua en partie sa scolarité, et fut, notamment pendant les congés scolaires, recueilli clandestinement avec son frère dans une famille de métayers à Saint-Laurent-sur-Gorre (Haute-Vienne). Il l’acheva sans doute au lycée Marcellin Berthelot à Saint-Maur-des-Fossés (Seine).
Bachelier en 1948, Gérard Simon prépara l’École normale supérieure au lycée Louis le Grand et adhéra à l’Union nationale des étudiants de France. Reçu en 1951 à l’ENS de la rue d’Ulm, titulaire du CAPES de Philosophie, nommé aux collèges de Saint-Amand-Montrond (Cher) puis, en octobre 1955, de Wassy (Haute-Marne), il habitait à l’hôtel les premiers temps. D’origine juive, il était résolument athée et défenseur de la laïcité.
Gérard Simon adhéra au Parti communiste français dans la section du Ve arrondissement en février 1951 à la cellule des élèves du lycée Louis le Grand dont il devint le trésorier de mars à juillet 1951. Secrétaire de la cellule communiste de l’ENS à la fin de 1951, membre du comité de la section communiste du Vème arrondissement de novembre 1951 à novembre 1954 et de son bureau à partir de novembre 1952, il fut désigné comme responsable de la commission étudiante auprès de la fédération de la Seine, de mars à juillet 1954. Il reçut la charge de la coordination avec le nouveau journal des étudiants communistes, Clarté, et des relations avec les étudiants coloniaux. Son engagement anticolonialiste en fut renforcé.
Peu de temps après sa nomination à Wassy, il devint secrétaire de la section communiste locale en 1956. Il entra au comité de la fédération communiste de Haute-Marne mais n’intégra pas le bureau fédéral, la section de montée des cadres refusant puisqu’il y avait déjà deux enseignants dans le bureau. Il partit accomplir son service militaire en juin 1959 et la conférence fédérale ne le réélit pas au comité fédéral.
Gérard Simon se maria en juillet 1953 à Paris (Vème arr.) avec Mireille Gouaux, professeur communiste, fille d’un professeur et d’une institutrice, originaires d’Oran (Algérie), tous deux sympathisants communistes. Alors qu’il enseignait à Wassy, son épouse était assistante dans un collège de Londres en 1955-1956. Elle rejoignit son mari à la rentrée de l’automne 1956. Ils habitaient un appartement HLM à Saint-Dizier. Ils divorcèrent en 1958.
Gérard Simon, membre du Syndicat national de l’enseignement secondaire, fut élu au conseil d’administration et au conseil de discipline du collège.
Après son retour du service militaire dans les services de l’intendance de l’hôpital militaire Bégin à Saint-Mandé, Gérard Simon quitta la Haute-Marne et obtint l’agrégation de Philosophie en 1962. Il fut nommé au lycée Faidherbe à Lille (Nord).
Gérard Simon se remaria en juin 1964 à Lambersart (Nord) avec Annick Maillard, fille d’un prote de l’Imprimerie nationale et d’une comptable. Ancienne élève de l’ENS de Fontenay-aux-Roses, professeur de Mathématiques supérieures au lycée Faidherbe à Lille, syndiquée au SNES, puis au SNESUP, régulièrement électrice communiste, elle s’orienta vers des candidatures socialistes à partir des années 1980. Ils eurent deux enfants.
Devenu assistant à la Faculté des Lettres de Lille en 1966, membre du SNESup, Gérard Simon rédigeait une thèse de doctorat d’État sur l’astronome Kepler sous la direction de Ferdinand Alquié. Il la soutint en 1976 sous le titre « Structures de pensées et objets de savoir chez Kepler ».
Nommé professeur de philosophie et d’histoire des sciences à l’Université de Lille III, cofondateur puis directeur du Centre de recherche sur l’analyse et la théorie des savoirs, Gérard Simon créa un des premiers masters d’histoire des sciences. Ses ouvrages et ses articles, couvrant les champs de l’astronomie, de l’astrologie, de l’optique et de la vision de l’Antiquité à l’Âge classique, s’inscrivaient dans la mouvance de penseurs comme Alexandre Koyré ou Michel Foucault. Au niveau méthodologique, il insistait sur la nécessité de ne pas faire d’anachronismes en histoire des sciences, en évaluant une époque à partir des enjeux et présupposés de notre époque. Il replaçait les savoirs et les techniques dans leur contexte historico-social et dans les structures de pensée de leur temps. Cette approche le conduisit à examiner l’ensemble des textes de Kepler, sans opérer de tri selon les critères scientifiques contemporains : loin d’opposer le Kepler astronome au Kepler astrologue, il montra leur caractère indissociable. De même, pour analyser l’optique de l’Antiquité, fondée sur le rayon visuel émanant de l’œil pour toucher ou évaluer, il était indispensable, selon lui, d’examiner l’évolution des productions scientifiques et des cultures depuis l’Antiquité. Ainsi, l’optique antique, fondée sur la notion de rayon visuel venant toucher l’objet à distance, ne pouvait être confondue avec l’optique qui envisageait un faisceau lumineux venant exciter les nerfs optiques. Toute son œuvre tenait compte des contextes historiques ainsi que des structures d’appréhension du monde, de la pensée et des connaissances.
Militant du SNESUP, Gérard Simon fut élu syndical au Comité national des Universités.
Actif dans l’organisation du PCF à l’Université de Lille 3, Gérard Simon participa notamment aux activités du Centre d’études et de recherches marxistes puis de l’Institut des recherches marxistes dans le cadre duquel il prononça des conférences en 1979 sous les titres : « Sciences et sciences occultes au XVIème siècle : épistémologie et analyse des mentalités » et en 1980 « La mutation contemporaine des techniques : méthodes d’analyses et hypothèses de travail ». Il quitta le PCF en 1979 pour protester contre l’approbation par la direction du PCF de l’intervention soviétique en Afghanistan. Toutefois, resté ponctuellement électeur communiste, après avoir lutté contre le fascisme et le colonialisme, il se conduisait, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en Européen convaincu, hostile aux idées d’extrême-droite.
Ses archives et sa bibliothèque de travail furent déposées par ses héritiers à l’ENS Paris au Centre d’Archives de Philosophie, d’Histoire et d’Édition des Sciences dans le cadre d’une Unité mixte de services associant le CNRS et l’ENS Paris. L’inventaire détaillé de ses archives montrait les principaux aspects de son ample production, de ses contacts et de ses interventions.
Deux journées d’études en son honneur se déroulèrent à l’ENS en octobre 2005 et en octobre 2008. La présentation de cette dernière journée résumait son idée centrale, « les systèmes de pensée et les sciences naissent dans des contextes à la fois culturels et historiques dont ils sont indissociables. » Il participa à une émission de France Culture, le 6 mars 2008, dans la série « La fabrique de l’humain ». En 2015, la publication de la partie inédite de sa thèse, la Pars Optica était prévue aux éditions Classiques Garnier et son ouvrage Kepler astronome astrologue était en cours de réédition.
 
Jacques Girault
 
Notice publiée sur Le site maitron-en-ligne qui reprend les notices publiées dans Le Maitron, Dictionnaire biographique, Mouvement ouvrier, mouvement social